CIRCONSTANCES ATTÉNUANTES

LEK, SOWAT
PAVILLON CARRÉ DE BAUDOUIN - 24/03/2017 > 22/07/2017

Graver son nom, son amour, une date, sur le mur d’un édifice, ce “vandalisme” ne s’expliquerait pas par le seul besoin de destruction. J’y vois plutôt l’instinct de survie de tous ceux qui ne peuvent dresser pyramides et cathédrales pour laisser leur nom à la postérité. - Georges Brassaï

Pour leur première exposition commune depuis leur retour de la Villa Médicis, Lek et Sowat continuent de questionner leur pratique et son institutionnalisation. À l’invitation de la Mairie du 20e, ils proposent une exposition immersive, pensée et réalisée exclusivement in situ.

Délaissant les friches urbaines dans lesquelles ils ont l’habitude d’opérer, les artistes ont investi les 400m2 du Pavillon Carré de Baudouin devenu leur laboratoire de création et d’expérimentation à mesure que leurs peintures et écritures éruptives ont envahi l’édifice, des sols aux plafonds.

L’exposition s’articule autour de propositions esthétiques inédites au sein desquelles cohabitent et dialoguent fresques monumentales minutieusement peintes avant d’être effacées, compositions abstraites élaborées à partir de mobilier urbain, archives personnelles et fragments de rue.

Manufacture artistique de l’aléatoire, le geste s’y déploie au sein d’installations éphémères bâties sur les ruines des expositions qui les précèdent, de peintures expérimentales et d’oeuvres physiquement inaccessibles au public, questionnant la part intime de leur  travail, les réalisations de commande et la spontanéité  créative.

Lek et Sowat nous convient à explorer leur univers animé par un mouvement de création impulsif sans cesse interrogé. Une invitation au voyage expérimental à la fois introspectif et rétrospectif, naviguant des ruines industrielles de nos métropoles aux espaces feutrés des centres d’art.

C’est par une approche multidisciplinaire que les deux artistes entendent mettre en perspective leur processus créatif et ses coulisses, et tentent de répondre aux doutes qui les assaillent depuis qu’ils évoluent ensemble.  

Le graffiti est-il un art légitime ou sauvage ? Est-il possible de se construire artistiquement  en ayant évolué à la périphérie des écoles d’art ? Est-ce un défaut rédhibitoire de s’être passionné jeune pour l’Histoire du Graffiti et non celle de l’Art ? Peut-on synthétiser la rue dans un white cube ? En définitive, être autodidacte constitue-t-il une circonstance atténuante ?

 

Elise Herszkowicz

Commissaire d’exposition