HONET
16/04/2018 > 16/09/2018

En avril, Art Azoï a invité l’artiste français Honet à intervenir sur le mur du Pavillon Carré de Baudouin. L'artiste a choisi d’inscrire son œuvre au cœur du quartier et de l’histoire parisienne. Elle restera visible jusqu'à la fin de l'été, en parallèle d'une exposition photographique intitulée Willy Ronis par Willy Ronis présentée au  Pavillon Carré de Baudouin.

Cette œuvre picturale se compose de plusieurs éléments figuratifs reconnaissables. Dans la partie gauche de l’œuvre, une rotonde constituée d’un dôme soutenu par des colonnes représente le pavillon des Buttes Chaumont. Entourée par des bandes noires qui forment des rayons lumineux, ce kiosque semble s’être transformé en phare, comme un nouveau point de repère dans la ville. Sur la partie droite du mur s’élance un cortège aux allures carnavalesques. Trois petites silhouettes recouvertes de longs manteaux noirs sont précédées par plusieurs personnages costumés. On reconnaît tour à tour un joueur de trompette, un clown, un bœuf gras auréolé d’un grand sourire conduit par un guerrier altier, un couple bariolé et le roi des fous aux deux visages, transporté sur un tronc d’arbre par deux hommes robustes. Face à ce défilé, une femme se dresse sur une sphère noire, impassible. Il s’agit de la statue de la Nation, allégorie visible à Paris, au centre de la place du même nom.

L’œuvre de Honet parcourt la géographie de l’est parisien tout en rendant hommage au Carnaval de Paris, fête populaire, progressivement disparue au cours du XXe siècle. Ses personnages semblent intemporels, revêtus de déguisements fantaisistes aux multiples références mythiques et folkloriques.

Pour la réalisation de cette fresque, l’artiste a utilisé le noir et le blanc, deux couleurs opposées qui s'éloignent de tout réalisme et permettent d'affirmer une forme de dualité propre au renversement carnavalesque. Il a souhaité insister sur l'aspect rituel du carnaval, durant lequel les rapports hiérarchiques sont modifiés et souvent inversés, le temps de la fête. Seul le grand smiley jaune central se détache du reste et symbolise notre temps présent, nourri par les symboles informatiques.

Honet a débuté le graffiti en 1989 avec un travail de la lettre. Il a peint sur les trains et les métros d’Europe avec les crews des DKG et des SDK. A la fin des années 1990, il est allé plus loin en questionnant sa pratique, marquée par les codes du graffiti américain. Honet et d’autres graffeurs – au sein notamment du crew des P2B - ont ainsi cherché à s’émanciper de la lettre et à réfléchir à la culture visuelle de la ville. Les acteurs de cette scène artistique parlent à l’époque d’une tendance « post-graffiti ». 

Honet s’est alors mis à développer un travail figuratif appliqué avec des personnages aux traits épurés et aux couleurs réalisées en aplat. Sur le mur du Pavillon Carré de Baudouin, les personnages prennent ainsi corps par une suite de traits nets parmi lesquels il est possible de reconnaître des formes lettrées aux origines diverses. Avec cette œuvre, Honet montre là tout son art, se définissant lui même comme un « graffiti-artiste ».