THOM THOM
29/06/2015 > 10/09/2015

TÊTES D'AFFICHE

Il n’y a pas d’image sans imaginaire, pas de représentation, de figure, de forme sans un fond, derrière. Même neutre, sobre, uniforme, le décor claironne le lieu de la narration. Ici, ce sera donc la scène puisque ces visages sont majoritairement ceux d’artistes des planches. Clowns, saltimbanques, imitateurs, amuseurs, danseurs, chansonniers plus ou moins célèbres, et parmi eux, une petite troupe de modèles dénudés, de girls affriolantes, voici le peuple des affiches placardées sur les voutes du métro, voici le music hall tape-à-l’œil, le café-concert chamarré des stations souterraines.

D’habitude, ils défilent. Les voilà réunis dans un même fourre-tout coloré, patchwork foutraque de la notoriété. Montage, collage, ou pourquoi pas mixage visuel tant la coexistence des visages s’établit à l’unisson. Comme la photo d’une famille qui n’existe pas, en même temps, comme l’herbier d’un écosystème exotique : une théorie d’ensemble du spectacle parisien.

C’est aussi un jeu de piste. Cherchez le jumeau, trouvez l’erreur. Côté cour, côté jardin, le théâtre et son double renvoient l’ombre à la lumière. La distribution des rôles s’est faite au jugé. Bordel organisé, cabinet des splendeurs de beauté vulgaire. Tombeau obscène, folie baroque, cadavres exquis, toute une chirurgie démente de greffes aberrantes, d’amputations fertiles et de scarifications esthétiques brosse le tableau d’une ménagerie d’hydres et d’hybrides.

Forêt de logos, bois tropicaux, jungle urbaine, prairies celtiques, les sourires se fondent dans le décor, les regards dans le paysage. Et la ville végétale ne demande qu’à croître. Dévorée par le lierre des années, nos vedettes ne font que passer. Le succès n’a qu’un temps. Pourtant, ici et maintenant, après tout, telle est la fonction d’un tombeau, ce bal des masques rend hommage à ces gloires fugaces.

Humoriste hexagonal, pop star planétaire, l’image projetée sur le papier encollé procède du même racolage. Tous se retrouvent dans la même dimension sans épaisseur. A moitié fond, à moitié forme, le motif dévore ses enfants. C’est une horreur, une terreur, une explosion. Mais la fragmentation des visages les rend plus résistants. L’attentat les cicatrise. Criblés d’agrafes, lacérés par la lame, nos icones dérisoires feront office tout un été, autant dire une saison d’éternité.

Thomas Louis Jaques Schmitt